Refroidissement de serre : ventilation, ombrage, pad cooling, brumisation et pompe à chaleur
Le refroidissement de serre combine trois leviers : ventiler, réduire le rayonnement entrant et refroidir l'air par évaporation d'eau. La ventilation ne descend jamais sous la température extérieure. L'évaporation peut aller plus bas, mais son effet dépend de l'humidité. Par 35 °C et 30 % d'humidité, des panneaux humides abaissent l'air d'environ 10 °C, contre 5 °C par 30 °C et 60 %.
La pompe à chaleur serre peut être financée jusqu'à 100 % par les CEE, selon la surface et le coût d'installation, dans le cadre de la fiche AGRI-TH-108 révisée.
Cette page compare les méthodes, chiffre leurs limites et explique comment les combiner. Elle fait partie du cocon ventilation de serre, qui présente aussi les débits de référence par saison.
Pourquoi une serre surchauffe
Le rayonnement solaire traverse la couverture et réchauffe les plantes, le sol et les structures. Cette chaleur ne repart qu'en partie, car la couverture et les parois la retiennent. Par une journée claire et calme, une serre fermée peut ainsi dépasser largement la température extérieure en quelques heures.
Les conséquences sont connues : stress hydrique, fermeture des stomates, brûlures, chute de la qualité des fruits et des fleurs. Les cultures transpirent beaucoup pour se refroidir, ce qui augmente les besoins en eau. Refroidir la serre protège donc à la fois la culture et le rendement.
Mesurer la surchauffe avant d'investir
Avant de choisir une solution, il faut savoir combien d'heures la serre dépasse la température souhaitée, à quels moments et dans quelles conditions extérieures. Les enregistrements de l'ordinateur climatique donnent cette information : température intérieure et extérieure, rayonnement, humidité et ouverture des ouvrants. Une serre qui surchauffe avec des ouvrants grands ouverts manque de surface d'ouverture ou d'ombrage ; une serre qui surchauffe avec des ouvrants peu ouverts souffre d'un problème de pilotage.
Cette analyse évite des investissements inutiles. Elle montre aussi si le problème se limite à quelques jours de canicule, pour lesquels un ombrage suffit, ou s'il concerne tout l'été, ce qui justifie un refroidissement par évaporation.
Les méthodes de refroidissement
Cinq méthodes se rencontrent, souvent combinées. Le tableau compare leur principe, leurs limites et leur domaine d'usage.
| Méthode | Principe | Limite | Usage |
|---|---|---|---|
| Ventilation naturelle ou mécanique | Remplacer l'air chaud par de l'air extérieur | Ne descend pas sous la température extérieure | Toutes serres |
| Ombrage (écran ou blanchiment) | Réduire le rayonnement qui entre | Retire aussi de la lumière | Pics de rayonnement, cultures sensibles |
| Pad cooling (panneaux humides) | Refroidir l'air entrant par évaporation | Efficace surtout en air sec, entretien de l'eau | Serres à extracteurs, climats secs |
| Brumisation haute pression | Évaporer de fines gouttes dans toute la serre | Coût des buses et de la pompe, traitement de l'eau | Serres fermées, besoin d'humidité |
| Pompe à chaleur réversible | Produire du froid et stocker la chaleur | Investissement élevé | Serres semi-fermées, projets intégrés |
Ventiler : la limite de la température extérieure
La ventilation remplace l'air chaud de la serre par de l'air extérieur. Elle évacue une chaleur proportionnelle au débit et à l'écart de température entre l'intérieur et l'extérieur. Plus on veut tenir la serre proche de la température extérieure, plus le débit nécessaire grimpe.
Le tableau illustre le calcul pour une charge de 300 W/m² à évacuer, valeur choisie à titre d'exemple. Viser 2 °C d'écart demande un débit trois fois plus élevé que viser 6 °C.
| Écart intérieur-extérieur visé | Débit nécessaire (charge de 300 W/m²) |
|---|---|
| 2 K | ≈ 441 m³/h par m² |
| 4 K | ≈ 221 m³/h par m² |
| 6 K | ≈ 147 m³/h par m² |
Ces débits rejoignent les repères américains d'environ un renouvellement de l'air par minute en été, soit près de 150 m³/h par m². Les ouvrants et les extracteurs sont détaillés sur la page ventilation naturelle et ouvrants. Quand l'air extérieur dépasse lui-même la température souhaitée, la ventilation ne suffit plus.
Réduire le rayonnement entrant
Réduire le rayonnement qui entre est la façon la plus directe de limiter la chaleur à évacuer. Selon l'université du Wisconsin, une toile d'ombrage aluminisée peut abaisser la température d'une serre d'environ 5 °C. Un écran mobile s'ouvre dès que le soleil faiblit, alors que le blanchiment de la couverture retire de la lumière toute la journée.
L'ombrage a un coût pour la culture : il retire aussi de la lumière, donc de la photosynthèse. Il se réserve aux heures de fort rayonnement, avec des seuils réglés sur le pyranomètre. Le choix des toiles est détaillé sur la page écran d'ombrage et écran occultant.
Refroidir par évaporation
L'eau qui s'évapore absorbe de la chaleur : environ 0,68 kWh par litre évaporé. William Roberts, ingénieur horticole de l'université Rutgers, en rappelle le principe dans une conférence publiée par l'université d'Arizona. Deux techniques l'exploitent en serre : les panneaux humides et la brumisation haute pression.
Le pad cooling selon l'humidité de l'air
Des extracteurs aspirent l'air extérieur à travers des panneaux humidifiés placés sur la façade opposée. En traversant le panneau, l'air évapore de l'eau et se refroidit, presque jusqu'à sa température humide, selon Roberts. Le gain dépend donc de l'écart entre la température de l'air et sa température humide, c'est-à-dire de sa sécheresse.
| Air extérieur | Température humide | Sortie du panneau (efficacité 80 %) | Refroidissement |
|---|---|---|---|
| 35 °C, 30 % | 22,1 °C | ≈ 24,7 °C | ≈ 10,3 °C |
| 32 °C, 40 % | 22,1 °C | ≈ 24,1 °C | ≈ 7,9 °C |
| 30 °C, 60 % | 24,0 °C | ≈ 25,2 °C | ≈ 4,8 °C |
Le calcul suppose une efficacité de panneau de 80 %, à vérifier dans la documentation du fabricant. Roberts note que ces systèmes réussissent surtout dans les régions sèches, où un refroidissement de 5 à 6 °C est courant. Il signale aussi leurs points faibles : l'entretien et les dépôts de sels, selon la qualité de l'eau. L'air refroidi se réchauffe en traversant la serre, d'où un écart de température entre la façade des panneaux et celle des extracteurs.
La brumisation haute pression
La brumisation pulvérise de très fines gouttes d'eau dans toute la serre, où elles s'évaporent. Roberts souligne son avantage : l'évaporation se fait partout, et non sur une seule façade comme avec les panneaux. Elle humidifie aussi l'air, ce qui fait baisser le déficit de pression de vapeur et réduit le stress des plantes les jours secs.
Elle coûte cher, à cause du grand nombre de buses et de la pompe haute pression, de 35 à 60 bars environ. L'eau doit être traitée, car les dépôts biologiques, chimiques ou mécaniques dans les buses peuvent mettre le système en panne. Le pilotage doit éviter de mouiller les feuilles, en surveillant le déficit de pression de vapeur.
La consommation d'eau
Le refroidissement par évaporation consomme de l'eau. Si toute la charge de 300 W/m² de l'exemple devait être évacuée par évaporation, il faudrait évaporer environ 0,4 litre par m² et par heure, soit environ 4,4 m³ par heure pour un hectare. En pratique, la ventilation évacue une grande partie de la chaleur et l'évaporation complète, mais l'ordre de grandeur montre qu'il faut une ressource en eau fiable aux heures les plus chaudes.
La qualité de l'eau compte autant que la quantité. Une eau calcaire entartre les panneaux et bouche les buses, une eau chargée favorise les algues. Un traitement adapté et un entretien régulier font partie du coût de fonctionnement, à côté de l'électricité des extracteurs et des pompes.
Pompe à chaleur réversible et serre semi-fermée
Une pompe à chaleur réversible peut produire du froid en été, en particulier une PAC eau/eau raccordée à des sondes ou à une nappe. C'est le principe des serres semi-fermées : refroidir sans ouvrir largement les ouvrants permet de garder le CO2 injecté et l'humidité utile. La chaleur retirée l'été peut, dans certains projets, être stockée et réutilisée en hiver.
Ces projets demandent un investissement élevé et une conception intégrée, et restent rares en France. Ils se raisonnent au cas par cas, à partir des besoins de chauffage et de refroidissement sur l'année. La PAC eau/eau est présentée sur la page pompe à chaleur eau/eau et géothermie.
Tunnels et petites serres
Dans les tunnels et les petites serres, les moyens sont plus simples. Les côtés enroulables largement ouverts, le blanchiment de la couverture et un filet d'ombrage extérieur forment la base. Des extracteurs en pignon assurent un débit indépendant du vent sur les tunnels longs. La brumisation basse pression, moins chère que la haute pression, mouille davantage et demande de la prudence sur les cultures sensibles aux maladies.
Combiner et piloter
Les méthodes se combinent dans un ordre logique. On ombre d'abord aux heures de fort rayonnement pour réduire la chaleur à évacuer, on ventile ensuite, et on ajoute l'évaporation quand la ventilation ne suffit plus. L'ordinateur climatique enchaîne ces étapes selon la température, l'humidité et le rayonnement.
L'enrichissement en CO2 complique l'équation : plus la serre est ouverte, plus le CO2 part. Limiter l'ouverture par l'ombrage ou la brumisation prolonge les périodes d'enrichissement efficace, comme l'explique la page CO2 en serre. Les stratégies associées figurent dans le guide des stratégies de régulation climatique.
Questions fréquentes sur le refroidissement de serre
Comment refroidir une serre en été ?
On combine en général trois leviers : ventiler largement, par ouvrants ou extracteurs, réduire le rayonnement entrant par un écran d'ombrage ou un blanchiment, et refroidir l'air par évaporation d'eau, avec des panneaux humides ou une brumisation. La ventilation seule ne peut pas descendre sous la température extérieure.
Le pad cooling fonctionne-t-il en France ?
Il fonctionne d'autant mieux que l'air est sec. Par 30 °C et 60 % d'humidité, un panneau à 80 % d'efficacité abaisse l'air d'environ 5 °C ; par 35 °C et 30 %, d'environ 10 °C. Dans les régions humides, le gain est plus limité, et la serre devient plus humide.
Brumisation ou pad cooling ?
Le pad cooling refroidit l'air à l'entrée, d'un seul côté de la serre, avec un écart de température le long de la serre. La brumisation haute pression évapore l'eau dans toute la serre, plus uniformément, mais elle coûte plus cher et demande une eau traitée pour éviter le colmatage des buses.
Une pompe à chaleur peut-elle refroidir une serre ?
Une pompe à chaleur réversible peut produire du froid, notamment une PAC eau/eau. C'est le principe des serres semi-fermées, qui limitent l'ouverture des ouvrants. L'investissement est élevé et ces projets restent rares en France ; ils se justifient surtout quand la chaleur récupérée l'été peut être stockée et réutilisée.
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