Déshumidificateur thermodynamique pour serre : fonctionnement et COP
Le déshumidificateur thermodynamique condense la vapeur d'eau de l'air d'une serre via un cycle frigorifique en circuit fermé. Contrairement au renouvellement d'air, il extrait l'humidité sans évacuer la chaleur accumulée. La déshumidification thermodynamique répond aux situations où la perte thermique liée à la ventilation est inacceptable : chauffage intensif, enrichissement en CO2. Son intégration dans une stratégie aéraulique complète exige une maîtrise de son cycle, de ses performances réelles et de ses contraintes de dimensionnement. Cette page couvre le déshumidificateur serre sous l'angle ingénierie : principe, COP, dimensionnement et intégration.
Aujourd'hui, c'est la pompe à chaleur serre qui peut être financée jusqu'à 100 % par les CEE, selon la surface et le coût d'installation. La fiche AGRI-TH-108 révisée multiplie les primes par trois pour les serres chauffées.
Qu'est-ce qu'un déshumidificateur thermodynamique ?
Un déshumidificateur thermodynamique est une pompe à chaleur dédiée à l'extraction de vapeur d'eau. L'appareil aspire l'air humide de la serre, le fait passer sur un évaporateur froid où la vapeur se condense, puis le réchauffe sur un condenseur avant de le réinjecter dans le volume cultivé. L'eau extraite s'écoule par gravité vers un réseau de collecte. Le bilan thermique net est positif : la chaleur latente de condensation et la chaleur de compression sont restituées à la serre.
Cycle frigorifique appliqué à la déshumidification
Le cycle se décompose en quatre étapes. Le compresseur pressurise le fluide frigorigène (R-410A, R-32 ou R-290 selon les appareils). Le fluide haute pression traverse le condenseur, cède sa chaleur à l'air de la serre et se liquéfie. Le détendeur abaisse la pression, provoquant un refroidissement brutal. Le fluide froid entre dans l'évaporateur, absorbe la chaleur de l'air humide et provoque la condensation de la vapeur d'eau sur les ailettes.
La température de surface de l'évaporateur doit rester inférieure au point de rosée de l'air entrant. En serre chauffée à 18-20 °C avec 85 à 95 % HR, le point de rosée se situe entre 15 et 19 °C. L'évaporateur doit maintenir 7 à 12 °C en surface pour obtenir un taux de condensation significatif. Cet écart conditionne directement la capacité de déshumidification et le rendement énergétique.
Différence avec un climatiseur classique
Un climatiseur split évacue la chaleur vers l'extérieur via une unité de condensation externe. Le déshumidificateur thermodynamique en serre conserve le condenseur à l'intérieur du volume traité. Toute la chaleur extraite (sensible + latente) et la chaleur de compression sont restituées à la serre. L'air soufflé sort plus chaud et plus sec que l'air aspiré.
Le bilan thermique du déshumidificateur est toujours excédentaire. Pour une extraction de 10 litres par heure, la chaleur latente récupérée atteint environ 6,8 kW thermiques (enthalpie de vaporisation : 2 450 kJ/kg à 20 °C). Cette contribution réduit la charge du système de chauffage principal et modifie le bilan économique de la gestion climatique.
COP et performances en conditions réelles
Le COP (coefficient de performance) mesure l'efficacité énergétique du déshumidificateur thermodynamique : il rapporte l'énergie thermique utile à l'énergie électrique consommée. Un COP de 3,5 signifie que chaque kWh électrique produit 3,5 kWh de chaleur utile tout en condensant l'humidité. La fiche CEE AGRI-TH-117 exige un COP minimum de 2,5, mais les conditions de mesure normalisées et les conditions réelles en serre divergent souvent.
COP nominal vs COP saisonnier
Le COP nominal est mesuré en laboratoire selon la norme EN 14511, à des conditions fixées (typiquement 20 °C / 60 % HR). Ces conditions correspondent rarement à l'exploitation réelle d'une serre. Le COP saisonnier (SCOP) intègre les variations de température et d'hygrométrie sur toute la période de fonctionnement, de l'automne au printemps.
Les retours de terrain situent le COP saisonnier entre 2,5 et 4,0, contre 3,5 à 5,0 en conditions nominales. L'écart provient du givrage partiel de l'évaporateur par temps froid, du fonctionnement à charge partielle et des cycles de dégivrage consommateurs d'énergie. La prise en compte du SCOP fournit une estimation fiable de la consommation électrique annuelle.
Influence de la température et de l'hygrométrie
Lorsque la température de la serre baisse (consigne de nuit à 14-16 °C), le point de rosée descend et l'écart avec la température de l'évaporateur se réduit. Le débit de condensat diminue et le COP se dégrade. En dessous de 12 °C d'air entrant, le risque de givrage de l'évaporateur augmente fortement.
L'humidité relative agit en sens inverse. Un air à 20 °C et 95 % HR (point de rosée : 19,2 °C) libère beaucoup plus de condensat qu'un air à 20 °C et 70 % HR (point de rosée : 14,4 °C). Le COP augmente avec l'humidité relative, car la quantité d'eau extraite par kWh électrique croît. Cette caractéristique rend le déshumidificateur thermodynamique en serre pertinent dans les périodes de forte transpiration végétale, précisément les situations où le renouvellement d'air coûte le plus en énergie thermique.
Dimensionnement d'un déshumidificateur thermodynamique
Le dimensionnement repose sur l'estimation de la charge latente : la quantité de vapeur d'eau à extraire par unité de temps pour maintenir l'hygrométrie entre 75 et 85 % HR. Un sous-dimensionnement laisse l'humidité dépasser les seuils favorisant le botrytis et le mildiou. Un surdimensionnement provoque des cycles marche/arrêt fréquents qui dégradent la durée de vie du compresseur.
Calcul de la charge latente
La charge latente d'une serre résulte de plusieurs sources de vapeur d'eau. La transpiration végétale, source principale, dépend surtout de la lumière reçue. La nuit, serre fermée, une tomate adulte transpire de l'ordre de 10 à 30 g/(m2·h), soit 12 à 13 % de sa transpiration du jour. L'évaporation d'un sol nu ou d'allées mouillées s'y ajoute. La méthode complète figure sur la page calcul de déshumidification en serre.
La formule simplifiée s'écrit Qlat = M × Lv / 3 600. M est la production de vapeur totale (g/h) et Lv l'enthalpie de vaporisation (environ 2 450 J/g à 20 °C). Pour une serre de 1 000 m2 avec une transpiration nocturne de 25 g/(m2·h), la charge latente atteint environ 17 kW. Ce calcul s'effectue pour les conditions les plus défavorables. Les travaux d'ASTREDHOR fournissent des références d'évapotranspiration par espèce et par stade cultural.
Choix de la puissance et du débit d'air
La capacité de déshumidification s'exprime en litres par heure (L/h) à des conditions de référence (température et HR de l'air entrant). Une charge latente de 17 kW correspond à un débit de condensat d'environ 25 kg/h. L'appareil sélectionné doit atteindre ce débit dans les conditions réelles de la serre, pas aux seules conditions nominales du constructeur.
Le débit d'air brassé influence la capacité de déshumidification et l'homogénéité du traitement. Un débit insuffisant crée des poches d'air stagnant favorisant les maladies cryptogamiques. Le débit recommandé se situe entre 1,5 et 3 volumes de serre par heure. Le choix résulte d'un compromis entre efficacité, bruit, consommation des ventilateurs et vitesse d'air au niveau des plantes.
Intégration dans le réseau aéraulique de la serre
L'efficacité de la déshumidification dépend de la distribution de l'air traité dans le volume de culture et de l'interaction avec les autres équipements climatiques. Une intégration mal conçue génère des gradients d'humidité, des zones de condensation sur les parois ou des conflits de régulation avec le chauffage.
Positionnement et distribution d'air
Deux configurations prédominent. La première place l'unité en pignon avec soufflage par gaine textile perforée sous le faîtage : l'air sec descend par convection vers la canopée. La seconde répartit plusieurs unités le long de la serre avec soufflage direct, configuration adaptée aux serres de plus de 50 m ou aux structures multi-chapelles.
L'aspiration doit se faire au niveau de la canopée, là où l'humidité est maximale. Les retours de terrain confirment qu'une aspiration basse associée à un soufflage haut améliore le rendement de déshumidification de 10 à 20 % par rapport à une aspiration haute. Un audit énergétique préalable identifie les zones de stagnation hygrométrique qui guident le positionnement.
Couplage avec le chauffage existant
La chaleur restituée par le déshumidificateur doit être prise en compte dans la régulation du chauffage pour éviter les surchauffes. La régulation climatique coordonne la consigne de température, le seuil d'hygrométrie déclenchant le déshumidificateur (par exemple, 85 % HR au démarrage, 75 % HR à l'arrêt) et la modulation de la puissance de chauffage. Les automates récents intègrent cette logique ; pour les installations anciennes, un thermostat associé à un hygrostat pilote le fonctionnement en parallèle. La coordination fine relève de l'ingénierie énergétique du projet.
Le couplage avec un chauffage par tubes d'eau chaude (rail ou aérien) présente un avantage spécifique. La chaleur du condenseur peut alimenter un circuit basse température (plancher chauffant, rail de culture). Cette configuration améliore le COP en abaissant la température de condensation et distribue la chaleur au plus près des plantes, réduisant les gradients thermiques verticaux.
Fiche CEE AGRI-TH-117 : critères et éligibilité
Fiche AGRI-TH-117 abrogée au 3 juin 2026
L'arrêté du 29 mai 2026 a mis fin à la fiche AGRI-TH-117. Les dossiers engagés (devis signé) avant le 3 juin 2026 pouvaient être transmis à l'obligé CEE jusqu'au 10 juin 2026. Ce délai est expiré : il n'existe plus aucun financement CEE pour un déshumidificateur thermodynamique en serre. En savoir plus →
Alternative financée : la pompe à chaleur serre (fiche AGRI-TH-108), en cours de révision avec des primes environ multipliées par trois, pour les serres maraîchères et horticoles chauffées.
Jusqu'à son abrogation, la fiche d'opération standardisée AGRI-TH-117 encadrait l'éligibilité aux Certificats d'Économies d'Énergie pour l'installation d'un déshumidificateur thermodynamique en serre chauffée. Le volume de CEE dépendait de la surface traitée, de la zone climatique et de la durée de vie conventionnelle (15 ans). Le COP minimum exigé était de 2,5 selon la norme EN 14511.
Les critères portaient sur l'ancienneté de la serre (au moins deux ans), la qualification de l'installateur et la conformité technique. Ils restent de bons repères de qualité d'installation, mais ne donnent plus accès à aucune prime. Le prix d'un déshumidificateur pour serre se juge donc maintenant sur les seules économies de chauffage qu'il permet.
Qui cherche aujourd'hui un déshumidificateur serre CEE ou une prime CEE déshumidificateur serre trouvera porte close. Pour une serre chauffée, le levier de financement est passé du côté du chauffage : une pompe à chaleur serre peut être financée jusqu'à 100 % par les CEE, selon la surface et le coût d'installation. La fiche AGRI-TH-108 révisée (projet d'arrêté de 2026) vise les PAC air/eau d'au moins 300 kW en électrification totale. Le simulateur de prime CEE PAC serre donne un ordre de grandeur selon la surface, et l'accompagnement par un bureau d'études cadre l'étude préalable exigée.
Questions fréquentes sur le déshumidificateur thermodynamique
Quelle quantité d'eau un déshumidificateur extrait-il par nuit ?
Pour une serre de 1 000 m2 cultivée en tomates et chauffée à 18 °C, l'extraction nocturne est de l'ordre de 100 à 300 litres par nuit. Elle dépend de la lumière reçue la veille, de la durée de la nuit et de la densité foliaire. Ces ordres de grandeur servent à vérifier le dimensionnement du réseau d'évacuation des condensats.
Le déshumidificateur remplace-t-il la ventilation ?
Le déshumidificateur contrôle l'hygrométrie sans renouveler l'air. Il ne traite ni le CO2 (dont la concentration chute par photosynthèse en journée) ni les polluants gazeux (composés phytosanitaires, éthylène). Le renouvellement d'air reste nécessaire pour les fonctions de ventilation sanitaire et d'apport de CO2. Les deux systèmes sont complémentaires et leur régulation doit être coordonnée.
Quel fluide frigorigène privilégier ?
Le R-290 (propane) offre un PRG de 3, contre 675 pour le R-32 et 2 088 pour le R-410A. Les réglementations F-Gas restreignent progressivement les fluides à PRG élevé. Le R-290 impose cependant des contraintes d'installation liées à son inflammabilité (ventilation, détection de fuites). Le choix relève d'un compromis entre performance, conformité réglementaire et faisabilité technique.
Le déshumidificateur thermodynamique fonctionne-t-il en été ?
La plupart des modèles fonctionnent entre 10 et 35 °C d'air entrant. En été, la ventilation par ouvrants suffit généralement à réguler l'humidité. L'utilisation estivale se justifie dans les serres fermées avec enrichissement CO2 ou les cultures exigeant un contrôle hygrométrique strict toute l'année.
Vers un dimensionnement adapté à votre exploitation
Le choix et le dimensionnement d'un déshumidificateur thermodynamique en serre mobilisent plusieurs compétences. Il faut modéliser la charge latente sur un cycle cultural complet, analyser le COP saisonnier en conditions locales et étudier le couplage avec le chauffage existant. Une erreur de dimensionnement se traduit par un surcoût énergétique durable ou par une maîtrise insuffisante de l'hygrométrie. Les alternatives sans équipement dédié sont comparées dans notre guide comment déshumidifier une serre.
Praxis Énergie Serres réalise l'étude technique complète : bilan hygrométrique, comparaison des scénarios de traitement thermique et aéraulique, chiffrage de l'investissement et estimation du temps de retour. L'objectif est de fournir un dimensionnement fiable, appuyé sur les données climatiques du site et les caractéristiques réelles de la culture. Contactez notre équipe pour transmettre les paramètres de votre serre et obtenir une première analyse technique. Si votre serre est chauffée, nous étudions aussi le passage à la pompe à chaleur, qui améliore la maîtrise de l'hygrométrie par un chauffage piloté.
Ce sujet concerne votre exploitation ?
Praxis Énergie Serres modélise ce calcul pour votre serre — données réelles, pas moyennes catalogue.
Consultation technique
Un expert vous répond sous 48 h