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Humidité et maladies en serre : botrytis, cladosporiose, oïdium et prévention climatique

Par le bureau d'études Praxis Énergie Serres · Mis à jour le

Le lien entre humidité et maladies en serre tient moins au taux d'humidité qu'à l'eau qui se dépose sur les plantes. Le botrytis, la pourriture grise, profite d'une humidité proche de 95 % et de feuilles mouillées. La prévention consiste donc à garder les feuilles et les fruits au-dessus du point de rosée, surtout en fin de nuit.

La déshumidification n'est plus financée depuis juin 2026. Dans une serre chauffée, l'économie et la prime se trouvent sur le chauffage.

La pompe à chaleur serre peut être financée jusqu'à 100 % par les CEE, selon la surface et le coût d'installation, dans le cadre de la fiche AGRI-TH-108 révisée.

Cette page donne les conditions favorables aux principales maladies liées au climat, les moments à risque et une stratégie de prévention. Les méthodes pour évacuer l'humidité sont détaillées sur la page déshumidification de serre, et les plages d'humidité à viser sur la page hygrométrie en serre.

Quelles maladies l'humidité favorise-t-elle en serre ?

Trois maladies fongiques dominent les problèmes climatiques des cultures de tomates sous abri. Leurs exigences diffèrent : le botrytis et la cladosporiose aiment l'air saturé, l'oïdium se contente d'une humidité moyenne. Le tableau résume les conditions décrites par les fiches de l'INRAE et des services de vulgarisation.

Maladie Humidité favorable Températures favorables Repère
Pourriture grise (Botrytis cinerea) Humidité vers 95 %, eau libre sur les tissus 17 à 23 °C Germination des spores en 5 h environ à 20 °C sur feuille mouillée
Cladosporiose (Passalora fulva) Au-delà de 85 % d'humidité au niveau de la feuille 20 à 25 °C, activité limitée sous 11 °C Sporulation d'autant plus forte que l'air est humide
Oïdium (Leveillula taurica) Humidité moyenne (70 à 80 %), rosée aggravante Vers 26 °C, infections possibles de 10 à 33 °C Favorisé par l'alternance de jours secs et de nuits humides

Les conditions du botrytis viennent de la fiche Ephytia de l'INRAE sur la pourriture grise de la tomate. Celles de la cladosporiose croisent la fiche Ephytia et le seuil de 85 % donné par le Pacific Northwest Plant Disease Handbook. Les plantes étiolées ou trop vigoureuses sont les plus vulnérables, notamment quand la serre reste fermée pour garder la chaleur.

Le facteur décisif : l'eau libre sur les plantes

Les spores de botrytis germent sur une feuille mouillée, ou sous une humidité d'au moins 95 %. Ce qui déclenche l'infection, c'est donc la présence d'un film d'eau, même invisible, à la surface des tissus. Cette eau vient de la condensation : elle se forme dès que la feuille ou le fruit est plus froid que le point de rosée de l'air.

Une feuille la nuit est souvent plus froide que l'air, car elle rayonne vers la couverture froide. Un air à 90 % d'humidité peut donc déposer de l'eau sur les feuilles hautes alors que la sonde, placée dans un abri ventilé, n'indique rien d'alarmant. Les mécanismes sont détaillés sur la page condensation en serre.

La marge au point de rosée

La marge au point de rosée est l'écart entre la température de l'air et la température à laquelle sa vapeur condense. Plus elle est faible, plus un léger refroidissement des feuilles suffit à les mouiller. Le tableau la calcule pour des conditions courantes de nuit.

Température de l'air HR 85 % HR 90 % HR 95 %
14 °C 11,5 °C (marge 2,5 °C) 12,4 °C (marge 1,6 °C) 13,2 °C (marge 0,8 °C)
16 °C 13,5 °C (marge 2,5 °C) 14,4 °C (marge 1,6 °C) 15,2 °C (marge 0,8 °C)
18 °C 15,4 °C (marge 2,6 °C) 16,3 °C (marge 1,7 °C) 17,2 °C (marge 0,8 °C)
20 °C 17,4 °C (marge 2,6 °C) 18,3 °C (marge 1,7 °C) 19,2 °C (marge 0,8 °C)
Exemple de lecture
Air à 18 °C et 90 % : point de rosée 16,3 °C. Une feuille refroidie de plus de 1,7 °C sous l'air se couvre d'eau.

À 95 % d'humidité, la marge tombe sous un degré : quasiment toute surface un peu froide condense. C'est pourquoi la consigne d'humidité seule ne suffit pas. Il faut raisonner en marge, en tenant compte de l'écart entre les feuilles et l'air.

Les moments à risque dans la journée

Le risque n'est pas réparti sur 24 heures. Il se concentre sur trois moments. Le premier est la fermeture de la serre en fin de journée, quand la culture transpire encore et que l'humidité monte vite. Le deuxième est le cœur de la nuit, si la serre se refroidit et que l'écran reste fermé sans aucune évacuation.

Le troisième est le plus dangereux : la fin de nuit et le lever du jour. La couverture et les fruits sont au plus froid, puis le soleil réchauffe l'air plus vite que les fruits. L'air chaud et humide condense alors sur des fruits encore froids. Les plaies de taille et d'effeuillage, ouvertes la veille, servent de porte d'entrée au botrytis.

Une stratégie climatique préventive, du soir au matin

La prévention climatique vise une seule chose : pas d'eau libre sur la culture. Elle combine le chauffage, l'aération, l'écran et le mouvement d'air, réglés selon le moment. Un ordinateur climatique moderne permet de programmer chaque phase.

Le soir et la nuit

Le soir, on évite de fermer brutalement une serre encore humide : une aération résiduelle ou un écran entrouvert évacue la vapeur de fin de journée. La nuit, on maintient une marge suffisante au point de rosée par un chauffage minimal, qui entretient aussi un mouvement d'air au niveau de la culture.

L'écran thermique réduit le rayonnement des feuilles vers la couverture froide. Il limite donc leur refroidissement et la condensation sur la culture. Il retient en revanche la vapeur : un entrebâillement de quelques pourcents, piloté sur l'humidité, évite l'accumulation.

La fin de nuit et le lever du jour

Avant le lever du soleil, on relève progressivement la température de chauffage. La montée lente laisse aux fruits, à forte inertie, le temps de suivre l'air, et la marge au point de rosée reste positive à leur surface. Cette montée progressive coûte moins que la perte d'une partie de la récolte.

Au lever du jour, on ouvre l'écran par étapes, pour ne pas faire tomber l'air froid accumulé au-dessus sur la culture. On évite aussi les ouvertures franches tant que la température des fruits reste sous le point de rosée de l'air qui entre.

Les gestes culturaux qui complètent le climat

Le climat ne fait pas tout. Les opérations de taille et d'effeuillage se font de préférence le matin, sur une culture sèche, pour que les plaies cicatrisent avant la nuit. Une irrigation tardive, qui laisse le substrat et les allées mouillés au moment de la fermeture, ajoute de la vapeur au pire moment.

La conduite de la culture compte aussi. La fiche Ephytia sur la cladosporiose signale qu'une fertilisation azotée excessive favorise la maladie, et celle sur le botrytis que les plantes étiolées ou trop vigoureuses sont plus sensibles. Un feuillage dense et mal aéré garde l'humidité au cœur de la végétation, là où la sonde ne la voit pas. Enfin, l'évacuation rapide des débris et des fruits atteints réduit la quantité de spores présentes dans la serre.

Le cas particulier de l'oïdium

L'oïdium de la tomate ne suit pas la même règle. D'après la fiche Ephytia consacrée à l'oïdium de la tomate, il se développe vers 26 °C et 70 à 80 % d'humidité. Il profite de l'alternance de journées chaudes et sèches et de nuits fraîches et humides, la rosée aggravant la situation.

Assécher fortement l'air ne protège donc pas de l'oïdium, et peut même le favoriser par temps chaud. C'est un argument de plus pour piloter sur le déficit de pression de vapeur plutôt que sur une humidité relative la plus basse possible, comme l'explique la page stratégies de régulation climatique.

Surveiller le risque avec l'ordinateur climatique

L'historique de l'ordinateur climatique sert d'outil de surveillance sanitaire. Trois indicateurs suffisent : le nombre d'heures par nuit au-dessus de 95 % d'humidité, la marge minimale au point de rosée, et l'heure à laquelle elle est atteinte. Une série de nuits à faible marge annonce souvent une poussée de botrytis quelques jours plus tard.

Ces indicateurs supposent une mesure juste. Une sonde d'humidité qui dérive de quelques points fausse toute la lecture, et les écarts sont grands entre le centre de la serre et ses bords froids. Le placement et l'étalonnage sont détaillés dans le guide de l'instrumentation de serre.

Prévention des maladies et énergie

Chaque geste de prévention a un coût énergétique. Maintenir une marge au point de rosée, réchauffer avant l'aube ou entrouvrir l'écran demande de la chaleur. Dans une serre chauffée, une consigne sanitaire trop prudente peut ainsi représenter une part importante de la facture.

Le bon réglage cherche la marge suffisante, pas la marge maximale. Un pilotage fin, une mesure fiable et une évacuation de l'humidité qui garde la chaleur, comme un déshumidificateur ou un échangeur, réduisent ce coût. Le volume d'eau à traiter se chiffre avec la page calcul de déshumidification.

Questions fréquentes sur l'humidité et les maladies

À partir de quel taux d'humidité le botrytis se développe-t-il ?

Selon la fiche Ephytia de l'INRAE, une humidité relative d'environ 95 % et des températures de 17 à 23 °C favorisent fortement les attaques. Les spores germent en quelques heures, environ 5 heures à 20 °C, sur des feuilles mouillées ou sous une humidité d'au moins 95 %.

Comment éviter la moisissure dans une serre ?

En empêchant l'eau de se déposer sur les plantes. Il faut garder la température des feuilles et des fruits au-dessus du point de rosée, surtout en fin de nuit, maintenir un léger mouvement d'air et éviter les montées brutales d'humidité au lever du jour.

Une serre trop sèche protège-t-elle des maladies ?

Pas de toutes. L'oïdium de la tomate se développe avec une humidité moyenne, autour de 70 à 80 %, et profite de l'alternance de journées sèches et de nuits humides. Assécher l'air à l'excès coûte en outre de l'énergie et peut stresser la culture.

Quel lien entre humidité, maladies et chauffage ?

La prévention des maladies passe souvent par un peu de chauffage : maintenir une marge au-dessus du point de rosée, réchauffer la culture avant le lever du jour, faire circuler l'air. Dans une serre chauffée, ces réglages pèsent sur la facture et doivent être pilotés finement.

Réduire le risque sanitaire dans votre serre

La maîtrise de l'humidité et des maladies en serre repose sur la mesure, la régulation et l'équipement. Praxis Énergie Serres analyse l'historique climatique de votre serre, repère les nuits à risque et propose des réglages protecteurs qui évitent de chauffer inutilement, dans le cadre d'un audit énergétique de serre.

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